Clifton Bay – Nassau Harbour Club, Providence Island – Bahamas

Jeudi 2 Avril  2026 . 

Hier soir nous avons vu ancrer au loin Karlana IV donc Humphrey. Nous nous sommes appelés au téléphone. Son acheteur (il a vendu son Karlana IV)  était à bord avec lui et ils venaient juste de ……taper un rocher au Sud de la baie, bilan : un safran tordu, un acheteur qui maintient quand même son achat et prendra en main la réparation . Pas de chance !

Au matin, Il fait beau dans la baie et la mer y est calme mais le vent ne mollit pas. Il nous faut cependant partir pour récupérer notre génois à Nassau avant le week end férié de Pâques.

Dès la sortie de l’abri, le ton est donné, le vent souffle à plus de 20 nœuds en venant de l’Est, ça tombe bien c’est pile poil notre direction donc in the Tony et pour couronner le tout une houle d’un mètre de face assez méchante.

Avec ce vent et cette houle contraires, la proue du catamaran monte à 45 degrés pour s’écraser ensuite sur le béton de la mer dans un bruit assourdissant, les vagues jaillissent du trempoline avant et viennent se fracasser sur toute la longueur du parebrise du cockpit pour retomber sur le pont et les hublots de celui-ci avec une telle force que de l’eau arrive à passer et mouiller les planchers de notre cabine.

J’aime autant dire que ça s’envole dans la cambuse avec des objets volants identifiés tels que mug ou bac à éponges. On a beau s’y préparer on n’anticipe pas toujours tout ce qui peut s’affranchir de la gravité !

EEEyahhh !!! qu’elle faisait sur son taureau au dernier rodéo de la mer !

Dans ces circonstances se déplacer à bord relève de la gageure mais certaines envies ne peuvent attendre alors la moindre arête de porte devient une arme de destruction massive et fait monter le cours de l’action de l’arnica.

Enfin nous voilà devant la Marina de Nassau après avoir passé le « cut » passage étroit de l’ordre de 120 mètres entre 2 îles et 2 récifs sournois priant pour que ces sauvages de bateaux de tourisme qui arrivent au même endroit délicat, à fond la caisse en nous barrant la route et en nous arrivant dessus sans mollir d’un tour de moteur nous laissent suffisamment d’espace pour passer sans nous vautrer sur les rochers.

A ce moment là le vent est passé à plus de 22 nœuds toujours d’Est et le courant est de 1,5 nœud également d’Est. Comme d’habitude la Marina est incapable de nous sonner une idée précise de la place qu’elle nous a réservée et nous donne ses indications imprécises via les marineros vociférant depuis les pontons . Entre le vent, le bruit des moteurs, la distance aux pontons et l’accent des marineros, c’est nickel !

Nous nous engageons donc vers notre place que nous croyons à l’entrée de la panne d’amarrage mais que nenni, nous constatons qu’elle est tout au fond lorsqu’ils se décident enfin à nous faire des grands signes pour nous l’indiquer .

Et, ce qui devait arriver arriva, exposés au fort vent et au fort courant d’Est, notre bateau trop près des autres bateaux amarrés devient non manoeuvrable et nous nous plaquons contre ceux-ci.

Je vois bientôt arriver à hauteur de ma tête le bout dehors (tu sais le gros bout de bois qui dépasse à l’avant dans les bateaux de pirates avec une sirène en dessous) d’un des bateaux en épi à quai (le Beaconwon) et essaie d’écarter celui-ci des 20 tonnes de notre catamaran en le poussant de mes petits bras non haltérophilisés (j’aime autant dire que ceci relève de la folie et du « même pas en rêve ») puis je vois avec horreur que pendant ce temps là l’ancre à poste d’un gros bateau de plongée également en épi que nous avions réussi à éviter a eu la bonne idée de se prendre dans notre filière tribord et est en train de consciencieusement arracher nos filières et chandeliers les uns après les autres (jdong ! jdong ! jdong !…etc) .

A ce moment là le bout dehors du premier bateau, le Beaconwon, s’est pris d’amitié avec notre hauban et cherche à le faire ployer et si le hauban ne tient pas c’est le mat de 22 mètres d’Ile de Rey qui va tomber sur tous les autres bateaux et accessoirement sur bibi.  Tant bien que mal j’essaie de mettre un pare battage entre le bout dehors et notre hauban mais de toute façon les forces en présence sont les mêmes, c’est peine perdu. Comme le bateau saute à cause des vagues, la chaine du Beaconwon racle sur le bord de notre catamaran et sur notre main courante en inox et menace d’emporter la taquet si elle se prend dedans.

Comme nous avançons et reculons de quelques centimètres sous la poussée de la mer agitée, notre annexe suspendue aux bossoirs à la poupe vient gratter la coque d’un super yacht amarré en troisième position en bout de panne.

Nous sommes coincés, nos moteurs sont impuissants à nous dégager. Le bout devant est toujours coincé dans le hauban mais maintenant s’avance de biais vers le bimini (ce qui couvre le poste de pilotage )….et, bien sûr, finit par l’arracher en le soulevant sous l’effet levier. C’est un cauchemar et nous sommes impuissants. J’essaie toujours de protéger le hauban qui menace de se cisailler sous l’effet du frottement contre le bout dehors de Beaconwon mais cela peut être dangereux car le hauban peut céder et le bout dehors peut me décapiter ou me coincer . Je ne peux pas non plus empêcher la chaine de Beaconwon de menacer le taquet. Je suis totalement stressée. A ce moment là je me demande s’il est possible de s’en sortir et je ne vois aucune solution. Je suis déjà prête à vendre de suite le bateau et me dit que nous ne sommes plus faits pour ce genre de conneries.

Tout le monde regarde l’attraction du siècle mais personne ne fait rien . Enfin un petit bateau de pêcheur essaie de nous pousser pour nous dégager mais son moteur n’est pas assez puissant et il fait pire que mieux notamment en poussant latéralement notre proue là où il ne faut ce qui amène le bout dehors en plein dans notre bimini, mais pas de reproche il a le mérite d’avoir essayé.

Enfin le capitaine du gros yacht,  sur lequel nous avons fait touchette, va chercher son annexe (une vedette puissante dont on se suffirait pour une sortie à la journée) et nous tracte latéralement contre vents et marées (au sens propre, c’est vraiment l’occasion de le dire). La chaine de Beaconwon évite notre taquet, ma tête évite le bout dehors , et nous voilà sortis de cet embroglio de chaines et torons de câbles métalliques. Nous allons ancrer en face du port pour assimiler la situation, faire retomber la pression et comprendre les dégâts.

Puis nous allons en annexe à la Marina pour récupérer notre génois quelques centaines de mètres plus loin et revenons à bord pour repartir à l’assaut de notre place de port une fois la renverse atteinte.

Le vent souffle toujours à plus de 22 nœuds, nous attachons tant bien que mal nos pare battages puisque nous n’avons plus de filières pour les retenir et prions pour que nos quillons ne touchent pas le fond en approche de la place car nous n’avons plus que 20 cm sous ceux-ci à marée basse ! L’entrée dans la place se fait sereinement et sans heurts. Tout le monde nous demande si physiquement nous sommes sains et saufs.

Je suis vannée, lessivée, K.O.,  vaincue par uppercuts 100 à zéro. je m’allonge 10 minutes pour me calmer, recouvrer un peu de sérénité et débander tous mes muscles tétanisés sous la tension. 

Les dégâts ne sont que matériels et non vitaux pour le bateau : ouf ! car nous devons enchainer 1 mois et demi d’invités programmés, les premiers arrivant après demain. Nous réparerons donc quand nous pourrons.

Nous allons trouver les bateaux touchés pour commencer les démarches d’assurance. Les gens sont cools et compréhensifs. Nous aurions pu tomber sur des grincheux procéduriers.

Ce soir je reste au bateau, même pas envie d’aller diner au resto. Ce sera donc très sommaire.

 

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