Samedi 21 Mars 2026 .
La journée s’annonce très belle. Il fait un peu frais mais ce n’est certes pas pour me déplaire, au contraire. Le ciel est bleu, la mer est ridée, le soleil brille. Ca y est, enfin ! une journée bahamienne ordinaire et … tant attendue. On chausse le maillot de bain (ben nâan hein ! pas le même, chacun le sien !), on affute les chaussures d’eau, on met le carrosse à l’eau et hop nous voilà partis direction la rivière enchantée, savoir, un petit tour dans les méandres de la mangrove voisine. Nous sommes telles les belettes moyennes sortant de leurs trous le printemps revenu.
Tout y est si calme et silencieux sauf lorsque l’on se rapproche de l’océan de l’autre côté qui donne un bruit de fonds d’autoroute tant les vagues claquent sur la surface de la mer. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons décidé de rester ici aujourd’hui plutôt que descendre un peu plus bas vers Marsh Harbour. En effet, il nous faudrait ressortir du « lagon » entre la grande île des Abaco et le chapelet d’ilets à l’Est de celle-ci et chevaucher les vagues de l’océan prévues en ce jour à plus de 1,70 mètre . Nous aurions aussi pu prendre un chemin à travers le lagon mais celui-ci est très risqué du fait de sa très faible profondeur qui ne se laisse pratiquer qu’à marée haute. Alors nous ne cherchons pas les ennuis et décidons de jouir pleinement de cette première vraie journée telle que nous l’entendons aux Bahamas au milieu de cette superbe baie turquoise, blanc, vert, triptyque synonyme de paradis, baie ayant maintenant revêtu ses plus beaux atours après la grisaille, la pluie et le vent de ces dernières 48 heures.
Mais revenons à ce tour dans la mangrove à bord de l’annexe . On se croirait sur une rivière amazonienne, les araignées, les serpents et les crocodiles en moins. Ici une raie, et là une véritable nurserie de paisibles et lymphatiques tortues, des grandes, des petites, des couleur marron foncé, ou couleur Rémy Martin ou Courvoisier (comme vous voudrez, je n’ai aucune action ni chez l’un ni chez l’autre) que nous dérangeons à peine. Devant nous un héron s’envole déployant son corps longiligne et squelettique, mais point de poissons dans le lit de la mangrove. Il s’éloigne royal et digne, chercher sa pitance vers d’autres cieux.
C’est la sérénité de la nature qui nous gagne et pénètre dans nos veines, douce sève de bonheur à l’état pur. C’est pour des moments comme celui-ci que l’on se dit que cela vaut vraiment la peine d’affronter la neige sur le pont, le dodo et la douche par 10 degrés, le roulis, le tangage, la pluie, le tonnerre et les éclairs. Une larme de plénitude, un moment magique hors du temps où la frénésie du monde suspend son vol . Très bien vous avez été reçu au concours de poésie de 2026 avec les félicitations du jury et vous passerez dans mon bureau chercher chèvres et macramé pour votre séjour récompense sur le plateau du Larzac.
Au détour d’un méandre, seul dans la mangrove, un trimaran démâté et abandonné, vestige d’une autre vie, d’autres rivages, quelle est son histoire ? Où vont les tortues mortes ? L’eau est transparente, on dirait que nous sommes en lévitation sur les fonds sablonneux, telles sont quelques unes des réflexions qui traversent mon esprit pendant que, chemin faisant, cahin caha, deci delà , je savoure ces instants.
Petit à petit la température monte et ni le T shirt anti UV manches longues ni la crème solaire ne sont de trop .
Sur la jolie plagette qui nous faisait de l’œil depuis 48 heures, nous posons nos empreintes et remontons un petit chemin tracé par l’homme au milieu des arbres. Les vestiges des tempêtes et ouragans ramenés par vents et courants ont été rassemblés par les divers plaisanciers de passage pour en faire des œuvres d’art. Le tout n’a pas à rougir face aux délires du Palais de Tokyo. Je dirais même plus, chers Dupon T et Dupon D, que ces compositions seraient dignes d’y être exposées avec une mise à prix plus chère qu’un Bansky.
Nous rentrons au bateau et prenons notre tout premier bain de l’année….. à 23 degrés. Ca raffermit les chairs ! Mais une fois dedans, comme toujours : qu’est ce qu’elle est bonne !
Alors Heureuse ?

















