Marina de Cienfuegos, Cuba

Jeudi 23  Mai 2024

Il fait beaucoup trop chaud. C’est insupportable. Nous ne sommes que gouttes de sueur. Nos corps collent et dégoulinent.

Il n’y aura pas réapprovisionnement en diesel pour Seas to see et Absconder car le port n’a toujours pas d’électricité donc les pompes ne peuvent pas fonctionner.

Le filet d’eau du quai nous oblige à vivre sur nos réservoirs et donc gérer nos douches et notre vaisselle avec les jumeaux bien connus Par et Cimonie.

Ce matin nous partons en tchouk tchouk au centre historique de Cienfuegos situé à environ 3 km : une bétaillère pour 6 personnes alignées sur 2 bancs parallèles à la route, tirée par une moto. Cela aurait pu être un des nombreux taxis collectifs à l’identique que nous croisons mais tirés par des chevaux.

Peu de voitures sur la route – l’essence est rare et chère – des tchouk tchouk, des vélos et des motos électriques! dans un pays alimenté en pannes électriques c’est une véritable surprise et un  véritable défi pour les autochtones (tous casqués d’ailleurs, l’amende doit être lourde).

Nous ne croisons aucune voiture de police, aucun policier, c’est incroyable. A Santiago non plus. Il ne doit plus y avoir d’argent pour eux. Cependant nous ne nous sentons pas du tout en insécurité et les personnes ne sont pas du tout agressives avec les touristes que nous sommes et qui ne passons pas inaperçus. 

Nous arrivons sur une immense place très claire et blanche avec de très beaux arbres verdoyants. Un magnifique théâtre aux enluminures rococo de 1899 parfaitement entretenu et maintenu dans le jus avec ses sièges en bois et ses luminaires en verre opaque à la mode des années 30 est encore en activité. Il a été bâti par un Vénézuélien qui a fait fortune à Cuba grâce à la traite des esclaves. Plus loin 2 statues de lions d’un blanc immaculé  gardent fièrement l’entrée de la place. Une église en parfait état mais assez sobre domine la place flanquée à gauche d’un collège également ancien bâtiment colonial et à droite de l’ancienne demeure du gouverneur également repeinte de frais qui accueille  des instances gouvernementales. Tout est clean, léché et affiche une certaine opulence dans un pays qui crève la faim. Mais où vont donc les priorités ?

Nous poursuivons par une visite en petit train de la ville, assez petite ma foi. Les rues sont bordées de maisons de type colonial dont les grilles blanches plus ou moins rouillées protègent toutes les portes et les fenêtres. Toutes les fenêtres sont fermées par des volets en bois pour protéger de la chaleur. Les quelques portes entrouvertes laissent voir pour seuls meubles un divan et 2 ou 3 fauteuils ou chaises, ayant connu des jours meilleurs,  installés dans un couloir sombre et sur lesquels papotent des femmes. On devine en arrière plan des courées où les eaux ruissellent dans une rigole centrale. Tout semble assez crasseux. La rue principale est une rue de Rivoli revisitée par le temps, l’érosion et le manque complet d’entretien où carrelage et béton se fendillent au gré des outrages du temps qui passe. On trouve aussi un cabaret en plein air aux affiches de pinup en strass dignes du crazy horse, des fabriques de pain ou de glaces ou de crèmes glacées semblant à l’arrêt. Que veux tu ? que peux tu ?  faire dans un pays où l’électricité et l’eau sont des denrées aléatoires ?.

Après un tour sur le bord de mer qui nous permet de nous rappeler avec émoi les eaux cristallines des Bahamas au regard des eaux boueuses et rouges près des entrepôts en ruine, mais encore en activité, de réparation des bateaux, nous allons déjeuner dans un triple médaillé tripadvisor d’une paella, d’un poulet grillé et d’un autre en salade façon chinoiserie. Bof ! mais pour 10 dollars par personne dans un pays qui n’a rien ne soyons pas trop exigeants.

Quelques « magasins » (salons sombres et sans lumière de maisons individuelles avec pour tout porte manteau un balai suspendu au bout de 2 cordes) vendent quelques fripes au compte goutte, peut être d’ailleurs recyclées ? Là un « boucher » de rue , savoir un billot en bois en pleine rue sans toit avec 3 bouts de viande en pleine chaleur. Là encore un magasin d’Etat où se vendent des boites de 3 kg de tomates pelées pour plus de 15 dollars, et des boites de saucisse de 500gr pour 12 dollars. Un magasin d’Etat de souvenirs, sombre et désert, et pour cause,  d’où l’on peut ramener au pays des souvenirs intemporels et très originaux tels qu’une boule de verre enneigée pour 3,50 dollars ou une tasse sans aucun logo pour le même prix ou encore une bouteille de whisky pour 100 dollars et dans lequel sommeille un fonctionnaire non motivé, cela se comprend . Les prix sont indécents par rapport à la vraie vie système D qui règne dans la rue, et l’on se demande encore comment tout cela n’a pas déjà pété. Le peuple cubain est très résilient !

Nous croisons des personnes nous apostrophant pour demander un stylo, un savon, cependant sans nous coller comme à Santiago. Un homme se présentant comme un pédiatre à l’hôpital pour enfants voisin nous demande si nous n’avons pas du collyre, du paracétamol, ou tout autre médicament car l’hôpital n’a rien à offrir aux enfants dont notamment hier 23 enfants se présentant avec de la fièvre et de la diarrhée. Il nous dit gagner 40 dollars par mois et parle un peu français.

Toutes ces personnes croisées parlent ou baragouinent quelques mots de notre langue, de quoi tenir une conversation basique, c’est étonnant. L’éducation semble quand même être le point fort du pays.

Nous rentrons à la Marina en tchouk tchouk, accablés de chaleur. Nous aurions bien voulu acheter des ventilateurs mais ceux-ci étaient tous en 110 V ce qui n’est pas compatible avec nos systèmes électriques. Dommage car le problème électrique du 110 V et du 60 Htz est un problème récurrent dans les contrées que nous avons traversées  : Rep Dominicaine, Turks and Caicos, Bahamas et Cuba, et que nous sommes amenés à traverser comme les USA si nos projets se poursuivent dans les années qui vont suivre.

La dissidence au sein du groupe est toujours présente et pesante. Ce qui est énervant ce n’est pas tant la dissidence qui ne me choque pas, au contraire la séparation est toujours meilleure qu’une cohabitation forcée mais c’est le temps que cela nous fait perdre, et le « pas de vagues » qui nous oblige à toujours essayer de composer avec et coopter ceux qui ne sont par principe visiblement ni coopératifs, ni conciliants,  ni cooptables, ni fréquentables, lésinant sur tout et remettant toujours tout en cause au dernier moment. ARGHH !! GRHHH !! Pas ma tasse de thé ni mon caractère.

Sur les 19H00 le ciel menace mais ne gronde pas, le vent s’est un peu levé rendant l’atmosphère un peu plus respirable, pourvu que cela dure.

Ce soir c’est relâche sur tous les bateaux.

 

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