en route vers Norfolk USA

Vendredi 12  Juin 2026 .  

Nuit 1 (comme si vous y étiez)

Dîner avalé, 21h00 je vais essayer de dormir avant de prendre mon quart de 00h00 à 3h00. Je ne sombre pas avant 21h30 et me réveille par à-coups tout en faisant des rêves dont je ne retiens que l’étrangeté sans m’en remémorer le thème.

Quand je prends mon quart nous traversons à l’évidence un rail courbe Nassau – Miami ou Fort Lauderdale qui contourne, comme nous, les hauts fonds.

Pas moins de 8 paquebots nous encerclent, véritables sapins de Noël sur l’eau mesurant plus de 330 mètres, nous léchant la poupe ou la proue à moins de 0,5 miles (900 mètres) à plus de 18 nœuds (33 km/heure).

Passera ? passera pas ? L’angoisse monte à chaque fois car nous ne pourrons en aucun cas faire le poids face à ces géants. Il nous faut alors nous en remettre à notre ordinateur de bord Garmin lequel nous donne le cap, la distance et un éventuel point et délai d’impact avec ces rencontres du 3ème type. Fort heureusement nous notons que les plus près ne nous approchent jamais à moins de ces 0,5 miles laissant supposer que leurs capitaines savent nous repérer et calculer leur distance et leur route pour nous éviter.

Sur RTL dans ma jeunesse il y avait « les routiers sont sympas » ici ce sont les capitaines !

La nuit est illuminée et l’on y voit comme au crépuscule alors que c’est une nuit sans lune. De fait, entre les illuminations des paquebots et les lumières des côtes très au loin, c’est un festival : sur Bâbord les lumières de la côte de Floride et sur Tribord celles de Great Bahama et donc de Freeport.

Le ciel n’est pas en reste et les avions clignotent et scintillent parmi les étoiles.

Puis c’est un cargo de matières dangereuses  de 276 mètres qui arrive sur notre tribord et ne va pas tarder à couper notre route sur la proue. Un cargo ce n’est pas un paquebot illuminé, ce sont 3 points furtifs dans la nuit avec seulement 1 lumière blanche à la poupe, 1 à la proue et  1 rouge latérale nous indiquant qu’il fait route de notre droite vers notre gauche devant nous en coupant notre cap – nous voyons donc son bâbord (son flanc gauche) (rouge c’est communiste donc à gauche donc bâbord – facile non ! et si tu vois vert , c’est espoir donc c’est son flanc droit , de gauche vers notre droite, le droit chemin en quelque sorte, hi hi hi).

Cernés par ces bateaux, et ces triangles verts d’AIS sur l’écran Garmin, pas moyen de regarder un film que j’ai pris le soin de télécharger pour ne pas dépenser de la bande passante et payante de Starlink en dehors des côtes – près des côtes le forfait s’applique.

Il y a trop à surveiller autour de Ile de Rey. Une illumination est passée que déjà s’en annoncent 2 nouvelles ; pourvu que Garmin m’annonce que l’approche au plus près de ces immeubles sur l’eau soit à plus de 2 miles de notre cap, cela me rassurerait et m’éviterait de surveiller toutes les 2 minutes mes arrières, mes latéraux et mon avant.

Décidément je n’aime pas la nuit où tous les navires prennent des formes monstrueuses et menaçantes.

A 1h00 du matin Il fait très très chaud, je dégouline en maillot de bain au poste de barre, mon gilet de sauvetage me donne chaud autour du cou. Le vent est de 7 noeuds et nous sommes au moteur par calme plat, le courant est de 1.3  nœuds.

J’entends les bruits de la mer mais ne voit rien. Sont ce les vagues de notre sillage qui éclatent sur nos coques ? des dauphins qui viennent souffler jusque sous mon nez ? une menace anonyme ? Sont ce les vagues des monstres qui se rappellent à nos souvenirs bien après qu’ils sont passés ?

A 3h00 quand je lâche mon quart le bal des tankers a pris le relai des croisiéristes et rejoint le ballet nocturne.

A 6h00 quand je prends mon 2ème quart , le courant est passé à 2,3 noeuds et nous avançons à 7,7 nœuds mais le vent est toujours aux abonnés absents et l’esclave japonais ne prend toujours pas ses RTT. 

L’aube colore la mer de violet, le soleil rougeoyant ne va pas tarder à émerger de l’océan projetant son auréole sur un ciel qui commence à bleuir . Miami et Fort Lauderdale sont loin derrière nous.

8h30 les poissons volants marquent la mer d’huile du sillage de leur queue quand ils prennent leur envol.

9H00 la mer est vide , plus de cargos, plus de tankers, plus de porte containers, plus de paquebots. Le courant est de 3,5 nœuds nous marchons à 8,7 nœuds au moteur sas en avoir changé le régime. Bienvenue dans le Gulf Stream !

Stéphane vient de me rejoindre, nous prenons le petit déjeuner et le ventilateur m’accompagne tandis que mon récit se couche sur le clavier ,installée dans le carré extérieur.

 

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